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Jardinage

Plantes mellifères : quelles fleurs nourrissent les abeilles du printemps à l’automne ?

Élise de La Touche-Larivière 7 min de lecture
Plantes mellifères : abeilles sur lavande et bourrache au golden hour

Une plante utile aux abeilles ne se reconnaît pas uniquement à la beauté de ses fleurs. Elle doit fournir une ressource accessible, au bon moment, et s’intégrer dans une succession de floraisons. Pour aménager un jardin, un balcon ou une haie favorable aux pollinisateurs, observez donc la ressource proposée, la période de floraison et les insectes capables de visiter les fleurs.

Ce qu’une plante mellifère apporte vraiment aux abeilles

Une plante mellifère fournit aux abeilles des ressources qu’elles peuvent exploiter. Il s’agit principalement du nectar et du pollen, mais certaines plantes ou certains végétaux produisent aussi du miellat ou des résines utilisées pour fabriquer la propolis. La valeur apicole d’une espèce dépend de la quantité disponible, de la qualité de la ressource, de la durée de floraison et de l’accessibilité des fleurs.

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Nectar, pollen, miellat : des rôles différents

Le nectar est une solution sucrée récoltée par les butineuses. Il sert notamment à fabriquer le miel et fournit de l’énergie à la colonie. Le pollen, riche en protéines et en lipides, est indispensable à l’élevage des larves. Mélangé puis stocké dans la ruche, il devient le pain d’abeille. Une plante nectarifère produit surtout du nectar, une plante pollinifère fournit principalement du pollen, tandis qu’une plante mellifère peut offrir l’un, l’autre ou plusieurs types de ressources.

Le miellat ne provient pas directement de la fleur. Certains insectes piqueurs-suceurs le produisent sur les arbres, puis les abeilles peuvent le récolter pour fabriquer des miels de miellat. Tous les miellats ne présentent toutefois pas le même intérêt : certains cristallisent rapidement et deviennent moins exploitables. La propolis est, quant à elle, préparée à partir de résines végétales collectées sur les bourgeons ou l’écorce.

Une fleur belle n’est pas forcément accessible

La morphologie florale compte autant que l’abondance de la floraison. Une corolle profonde peut réserver son nectar aux insectes dotés d’une longue langue, tandis qu’une fleur ouverte est accessible à davantage d’espèces. Les fleurs actinomorphes, à symétrie radiale, sont souvent plus faciles à visiter que certaines fleurs zygomorphes, dont l’entrée est plus spécialisée. L’abeille domestique, Apis mellifera, ne butine donc pas toutes les plantes nectarifères avec la même efficacité.

Choisir les espèces qui assurent une continuité de floraison

Le meilleur réflexe consiste à ne pas rechercher une plante miracle, mais une flore mellifère diversifiée. Une succession de floraisons réduit les périodes où le nectar et le pollen se raréfient, notamment au début du printemps et à la fin de l’été. Les espèces locales ou bien adaptées au sol et au climat demandent aussi généralement moins d’arrosage et s’installent plus durablement.

Infographie des plantes mellifères et de leurs floraisons selon les saisons
Infographie des plantes mellifères et de leurs floraisons selon les saisons
Période Plantes à privilégier Ressources principales
Fin d’hiver et printemps Saule, noisetier, fruitiers, pissenlit, romarin, aubépine Pollen précoce, nectar selon les espèces
Fin de printemps et début d’été Lavande, trèfle, bourrache, phacélie, tilleul, sainfoin Nectar et pollen abondants
Été Origan, thym, vipérine, ronce, tournesol, trèfle Nectar, pollen et floraisons étalées
Fin d’été et automne Lierre, aster, sédum, menthe, bruyère selon le terrain Ressources tardives avant l’hiver

Au printemps, soutenir la reprise des colonies

Entre janvier et avril, les sources de pollen sont particulièrement importantes. Les saules, les noisetiers et les arbres fruitiers offrent des ressources précoces, auxquelles s’ajoutent les pissenlits, l’aubépine et les aromatiques comme le romarin. Dans un petit espace, un fruitier, quelques aromatiques et une zone laissée plus naturelle peuvent déjà diversifier les apports disponibles.

De juin à septembre, éviter l’uniformité

La lavande, la bourrache, la phacélie, les trèfles, l’origan, le thym et la vipérine offrent des options intéressantes lorsque leurs floraisons se complètent. Les vivaces aromatiques reviennent chaque année, alors que des annuelles comme la phacélie peuvent être semées pour occuper un espace libre. Regroupez plusieurs plants d’une même espèce : une petite masse florale est plus facile à repérer qu’une fleur isolée au milieu d’un massif.

Observer le jardin comme un calendrier de ressources

Un jardin favorable aux pollinisateurs repose sur une succession de floraisons, chaque période prenant le relais de la précédente. Les allées et venues des insectes fournissent un indicateur concret. Si l’activité se concentre soudain sur quelques fleurs tandis que le reste du jardin paraît calme, cela peut révéler un manque temporaire de nectar, de pollen ou de fleurs accessibles. Notez les pics de butinage, les semaines sans visite et les plantes délaissées. Vous pourrez ajuster les plantations avec plus de précision qu’en choisissant uniquement les espèces les plus fleuries en jardinerie.

Adapter les plantes à l’espace disponible

Sur un balcon, installez des pots d’aromatiques en fleurs, comme le thym, l’origan, la menthe ou la lavande. Évitez de récolter toutes les tiges avant leur floraison. Dans un jardin, associez vivaces, bulbes, annuelles et arbustes pour créer plusieurs étages de végétation. Une haie composée d’aubépine, de prunellier, de cornouiller ou d’autres espèces adaptées localement peut fournir un abri et de la nourriture. Une haie monospécifique offre généralement une ressource plus limitée.

Pour les abeilles sauvages, la diversité reste essentielle. Près de 1 000 espèces d’abeilles sauvages vivent en France, contre 20 000 espèces dans le monde. Leurs tailles, leurs périodes d’activité et leurs capacités d’accès aux fleurs varient fortement. Une plantation pensée uniquement pour l’abeille domestique risque donc d’écarter une partie de cette diversité. Des fleurs simples, des zones de sol nu non tassé et des tiges creuses conservées en hiver complètent utilement les plantations.

Les erreurs qui rendent une plantation moins utile

Planter des végétaux étiquetés « amis des abeilles » ne garantit pas leur intérêt pour les pollinisateurs. La provenance, le traitement des plants, la période de floraison et la cohérence de l’ensemble doivent être examinés. Une sélection modeste, mais bien adaptée, vaut mieux qu’un mélange très décoratif qui fleurit en même temps puis ne fournit plus de ressource.

Éviter les fleurs doubles et les plantes traitées

Les variétés à fleurs doubles présentent souvent de nombreux pétales au détriment des étamines et des nectaires. Elles peuvent donc être moins généreuses, voire difficilement exploitables. Préférez les formes simples, plus faciles à visiter. Vérifiez aussi que les plants et les semences ne sont pas associés à des produits pouvant nuire aux pollinisateurs. L’absence de traitement insecticide dans le jardin compte autant que le choix des espèces.

Ne pas confondre abondance visuelle et valeur apicole

Une plante peut fleurir longtemps sans offrir suffisamment de nectar ou de pollen. Elle peut aussi produire une ressource inaccessible à l’abeille domestique. Certaines espèces sont toxiques dans certaines conditions, tandis que certains miellats cristallisent trop vite. Il n’existe donc pas de liste universelle valable pour chaque terrain.

Avant d’acheter, vérifiez l’exposition, la nature du sol, la taille adulte, la résistance à la sécheresse et surtout la période de floraison. Choisissez plusieurs espèces complémentaires plutôt qu’une seule plante réputée mellifère. Cette sélection permet de mieux répartir les ressources au fil des saisons et de répondre aux besoins d’abeilles aux comportements différents.

Enfin, laissez une part du jardin évoluer naturellement. Les pâquerettes, les trèfles et les pissenlits ont souvent plus d’intérêt pour le butinage qu’une pelouse tondue très ras. Réduire la fréquence de tonte, conserver une bande fleurie et planter par étapes sont des gestes simples pour installer une ressource durable, sans transformer tout l’espace en prairie.

Élise de La Touche-Larivière
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